Après HPI, HPE : le business lucratif de l’intelligence émotionnelle

« Toute ma vie, je me suis demandé pourquoi je n’étais pas comme tout le monde », écrit Anne*. Dans un long texte posté sur le groupe Facebook « HPE, HPI, Zèbres, Empathes, Hypersensibles… LES ATYPIQUES », cette mère de famille fait une confession qui sonne comme l’illumination. « J’ai reçu un diagnostic d’HPE », rapporte-t-il. Trois initiales qui, pour eux, comme pour les 58 000 membres du groupe, signifient beaucoup. Anne venait de découvrir qu’elle avait un haut potentiel émotionnel, une variante des HPI, ces personnes avec un quotient intellectuel supérieur à 130. C’est moins une question de logique que d’émotions. Comme HPE, cette mère dit qu’elle ressent tout plus fortement que les autres. Son « quotient émotionnel » ferait exploser les compteurs.

Le concept soulève les sourcils de nombreux psychiatres et psychologues. Cependant, il gagne de plus en plus d’adeptes à mesure que son corollaire, l’intelligence émotionnelle, gagne en reconnaissance. Livres, articles, formations… Trente ans après sa création outre-Atlantique, l’intelligence émotionnelle s’est imposée comme un atout dans le monde du travail. De nombreuses formations offrent désormais aux managers l’opportunité d’apprendre à « mieux comprendre » et « gérer » les émotions de leurs collègues. Une vraie mine d’or pour les formateurs qui veulent s’investir dans le sujet. Facturées parfois plus de 2 000 euros les quinze heures, proposées par les grandes écoles, les formations souvent onéreuses promettent de maîtriser une notion qu’elles présentent comme incontournable dans le monde du travail. Mais la notion, nébuleuse, peine à s’appuyer sur des fondements scientifiques.

L’intelligence émotionnelle, « compétence clef »

Créé aux États-Unis, le concept a été popularisé en 1995 par un journaliste scientifique, Daniel Goleman, dans un livre, Emotional Intelligence at Work. Le « QI » est aussi sa mesure, désignant la capacité de chacun à identifier ses émotions et celles des autres, ainsi qu’à les « maîtriser ». Ces outils ont rapidement attiré l’attention des médias, notamment sur la couverture du magazine Time. Dans une organisation du travail de plus en plus flexible, la thèse du journaliste suscite l’intérêt. « La grande force de Goleman a été de forger une notion proche de celle du QI pour affecter les ingénieurs. Le langage de ce technicien a permis de rationaliser des techniques non académiques en leur donnant un aspect quasi scientifique », décrypte Scarlett Salman, professeur de sociologie à l’Université Gustave – Université Eiffel.

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En France, le livre est régulièrement traduit et réédité, entraînant dans son sillage une abondante œuvre sur le sujet. Du côté d’Amazon, ils sont plus de 800. Sur le site Edistat, spécialisé dans les statistiques de ventes de livres en France, plus de 100 métiers se disputent, de L’intelligence émotionnelle à l’école et dans la famille, à La boîte à outils de l’intelligence émotionnelle. Preuve de l’engouement pour le sujet, la plupart de ces travaux ont été publiés entre 2018 et 2022. En 2017, l’année précédant son grand essor en France, l’intelligence émotionnelle avait également été désignée comme « compétence clé » dans un rapport du World Economic Forum à Davos sur l’avenir de l’emploi. Fini le temps où l’on prêchait que seul le QI détermine le succès au travail. A études et environnement égaux, la capacité d’un individu à être agréable avec ses pairs garantit des progrès plus rapides que la moyenne. Une preuve ? Pour les apôtres de l’intelligence émotionnelle, ce constat est moins important qu’il ne l’implique : savoir gérer ses propres émotions -et celles des autres- s’acquiert, au moins en partie. Un apprentissage qu’il est possible de négocier, surtout en y ajoutant un terme aussi populaire que « l’intelligence émotionnelle ».

Des formations entre 1 500 et 3 000 euros

Les organismes de formation ne s’y sont pas trompés. Le groupe Abilways, par exemple, propose quatorze heures de formation réparties sur deux jours pour « maîtriser et utiliser les émotions pour être plus efficace ». Coût de l’expérience, financé par le compte formation professionnelle : 1 420 euros HT. Dans le même format, Gereso propose des cours, cette fois à distance, pour un prix légèrement inférieur : 1 398 euros. Pour six heures supplémentaires, les tarifs de l’organisme Cegos s’élèvent à 1 995 euros. « Avec le développement du télétravail, comprendre les émotions de ses collègues à travers les écrans est devenu de plus en plus difficile. Nos formations permettent de faire le point et de prendre du recul », explique Céline Peres-Court, consultante chez Blind.

Poussées en grande partie par la « prise de conscience » provoquée par la pandémie, de plus en plus d’entreprises se tournent vers ces stages intensifs. Au point que même les grandes écoles s’y sont mises. Pour vingt-sept heures de cours et 2 000 € dépensés, l’EM Lyon Business School s’engage à « mettre en œuvre des tactiques émotionnelles pour favoriser le développement personnel et collectif » ainsi que « la performance managériale ». Sciences po s’y est aussi mis, en proposant dans son master « l’Executive Education » pour « manager par l’intelligence émotionnelle ». Coût de la formation : 2 370 euros. « On utilise le même principe : apprendre à réguler l’impact du travail sur nos émotions, pour être plus productif », poursuit Scarlett Salman.

Le retour de la « gestion de conflit »

Avec quelques variantes, ces formations se déroulent toujours sur le même principe : un « autodiagnostic » réalisé par les participants, un cours sur « l’exploration des émotions », des mises en situation pour « gérer ses émotions dans les relations tendues ». .. « Ça ressemble aux cours de gestion de conflits qu’on pouvait trouver dans les années 1990, mais avec un nouveau nom », explique Juliette Jérôme Pellissier, Ph.D. en psychologie. Rien de nouveau sous le soleil, alors ? « L’intelligence émotionnelle fait partie des « modes managériales ». Les organisations hésitent à utiliser des noms à la mode pour attirer les clients, même si le concept ne répond finalement qu’au même problème : une mauvaise communication dans l’entreprise », explique Scarlett Salman.

Certains y consacrent l’essentiel de leur activité. Le Emotional Intelligence Center, par exemple, propose des formations allant de 1 500 à 3 000 euros. Il existe un test qui permet à chacun d’évaluer son intelligence émotionnelle. A propos du programme : 130 questions, auxquelles le participant doit répondre en ligne, pendant vingt minutes. « A l’énoncé ‘j’évite de faire du mal aux autres’, la personne devra répondre par exemple ‘jamais, parfois, occasionnellement, souvent, presque toujours ou toujours' », explique Lucie Lauras, la créatrice de l’organisme. Une analyse d’une heure de chaque compétence est ensuite délivrée. Tout cela pour la modique somme de… 250 euros.

Effet Barnum

Mais la pertinence de ces évaluations est remise en question. « Contrairement aux tests de QI, qui reposent sur des éléments logiques objectifs, ces questionnaires reposent sur l’auto-évaluation, ce qui induit des biais importants », précise Juliette Jérôme Pellissier. Parmi eux, l’effet Barnum qui, en psychologie sociale, fait référence à la capacité de chacun à accepter une description qui s’applique à sa personnalité si elle est suffisamment vague… et valorisante, pensez lecture d’horoscope ou de tarot. « Pour cette raison, il est souvent très facile d’obtenir des résultats élevés aux tests de personnalité effectués en ligne. Vous choisirez toujours la réponse la plus flatteuse », poursuit le chercheur. Sans même passer par des organismes de formation, les évaluations -souvent gratuites- qui visent à mesurer l’intelligence émotionnelle de tous se sont également multipliées en ligne ces dernières années, multipliant par dix le nombre de personnes susceptibles de se déclarer « à haut potentiel émotionnel ». « Le résultat est divertissant mais peut avoir des conséquences néfastes et masquer de vrais problèmes psychologiques, prévient Juliette Jérôme Pellissier. Ce test n’est en aucun cas un diagnostic médical. »

Du côté des organismes de formation, ce n’est en tout cas pas l’ambition affichée. Ici, pas de volonté de régler les problèmes de santé mentale : l’objectif est d’abord et avant tout d’assurer un meilleur environnement de travail et, ultimement, une plus grande productivité des employés. Avec risque : «Suggérer que les problèmes éventuels dans l’entreprise sont dus uniquement aux sentiments et aux réactions des individus, explique Scarlett Salman. Que la résolution de chaque obstacle est due à une réaction individuelle, et non à un problème plus large de l’entreprise. »

Opinions

La Chronique de Cécile Maisonneuve

C’est quoi une pensée linéaire ?

La pensée/logique linéaire est une façon de penser et des concepts et arguments logiques qui se succèdent avec les mêmes codes logiques que la syntaxe du langage verbal. Les grappes d’idées sont stockées dans des boîtes comme une commode.

Comment savoir si vous avez la pensée arborescente ? Caractéristiques de la pensée arborescente

  • Vous avez du mal à vous concentrer sur une idée à la fois.
  • Vous n’arrivez pas toujours à bien structurer vos idées.
  • Vous analysez toutes les situations que vous rencontrez.
  • Vous vous perdez souvent dans vos pensées et vous errez facilement.

Comment pense un surdoué ?

Penser en arborescence est une pensée intuitive C’est la façon de penser privilégiée du surdoué, du zèbre. En effet, les surdoués ont plus de connexions neuronales, ce qui favorise ce type de pensée intuitive. Mais penser en arborescence n’est pas l’apanage des hauts potentiels.

Comment pense un zèbre ?

Lorsqu’un zèbre effectue une tâche, il ne procède pas de manière linéaire. Au contraire, les pensées du zèbre partent bien dans tous les sens et il leur est parfois difficile de suivre un cursus scolaire pour cette raison.

Qu’est-ce que la pensée globale ?

La pensée sur laquelle elle repose est décrite comme globale, traitant simultanément et en parallèle d’un ensemble de détails qui résonnent, faisant de chaque élément un nouvel ensemble dont les parties seront également analysées pour arriver à une solution instinctive.

C’est quoi un HPE ?

La personne à haut potentiel émotionnel est capable de comprendre et de recevoir les émotions beaucoup mieux que la personne moyenne. C’est une sorte de compréhension douée des sentiments, à la fois les vôtres et ceux des autres. L’intelligence émotionnelle est une intelligence au même titre que l’intelligence traditionnelle.

Est-ce important d’être HPE ? Les personnes HPE ont tendance à être émotionnellement hypersensibles, éprouvant une gamme d’émotions plus variée et plus intense que la moyenne; cependant, ils sont capables de les vivre sans être envahis et d’en profiter pour leur vie sociale.

Quel est le QI d’un HPE ?

Lorsque le nombre est inférieur à 71, cela reflète une faiblesse mentale. Un QI supérieur à 130 (parfois 125) indique un niveau d’intelligence supérieur ou très supérieur à la moyenne…

Comment pense un HPE ?

La pensée arborescente est une façon de penser que l’on trouve couramment chez les personnes à haut potentiel (HPI et HPE). Les personnes à Haut Potentiel peuvent souvent activer simultanément plusieurs branches de leur arbre de pensée : leurs pensées se développent dans plusieurs directions en même temps.

Où faire une évaluation psychologique ?

Demandez à un psychologue, qui peut vous aider à déterminer quel type d’évaluation serait le plus utile.

Comment demander une évaluation psychologique ? N’importe qui peut demander un Formulaire 2 : Examen psychiatrique ordonné par un juge de paix, qui autorise la détention et le transport d’une personne vers une salle d’urgence d’un hôpital désigné de la Liste 1. Le médecin peut alors déterminer si une évaluation psychiatrique obligatoire (Formulaire 1) est requise.

Où faire un bilan psychologique gratuit ?

Tous les tests proposés sur le site 123test.fr sont conçus pour vous aider à trouver des réponses pertinentes à vos questions de QI, de personnalité ou d’évaluation de carrière. Les tests sont gratuits, officiels et précis.

Qui peut faire passer des tests psychologiques ?

En fait, seuls les psychologues sont habilités à administrer des tests. Deux raisons à cela : Les psychologues sont formés pour ne pas réduire un individu à ses résultats ou performances instantanés. Des entretiens préalables sont nécessaires pour apprécier la pertinence de la demande de passer un test.

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