« C’est ma dose d’énergie » : à la Maison Rose, se remettre sur pied après un cancer du sein

Jambes ancrées sur le parquet, ventre rentré et épaules baissées, Lætitia a tenté quelques vocalises qui, tout en légèreté, se sont échappées vers le banc où Caroline, coach santé, discute avec Kimaly. Levant les yeux vers le premier étage, ils purent également apercevoir Jacqueline, en pleine séance de réflexologie plantaire. « C’est une maison du bonheur », s’accordent-elles toutes, pour désigner la « Maison Rose », ouverte à Marcq-en-Barœul (Nord) en juin 2020, pour accueillir les femmes atteintes d’un cancer du sein.

Ici, cheveux longs, courts, rasés et perruques se côtoient sans jugement. « Il est bienvenu à n’importe quel stade de la maladie », assure la fondatrice Maureen Govart, diagnostiquée en mars 2017. Un peu moins d’un an, une opération, six chimiothérapies et trente radiothérapies plus tard, il est en rémission. « Pendant mon traitement, on m’a proposé un bonnet rose car je ne supportais pas de me voir porter une perruque. Quand je n’en ai plus eu besoin, j’ai cherché une structure à qui l’envoyer mais je n’ai rien trouvé. Alors je l’ai créé moi-même, l’association Mon bonnet rose est née.

Plus de 200 femmes accompagnées

Après les bouchons, qui se sont accumulés au deuxième étage aujourd’hui, le quinquagénaire, ancien responsable de la communication, a décidé d’investir à nouveau. « A la fin du traitement, je me suis sentie très seule. Le tourbillon des rendez-vous s’était calmé, pour ma famille c’était fini, mais pour moi ça ne faisait que commencer. C’est là que j’ai vraiment réalisé ce qui m’arrivait et que j’ai pu commencer à me reconstruire. Pour cela, il n’y a rien de plus qu’un foyer où l’on peut discuter, prendre soin de soi et s’essayer à de nouvelles activités. Sports adaptés, chant, sophrologie, coaching santé… En deux ans, plus de 200 femmes ont parcouru la porte, cherchant, surtout, à écouter attentivement.

« Quels vêtements puis-je porter après l’opération ? Je ne pourrai plus du tout lever les bras ? », interroge Kimaly, qui s’apprête à subir une mastectomie. Depuis deux mois, la jeune femme de 33 ans fréquente régulièrement la Maison Rose, où elle fait du sport adapté. » Très conseillé pour éviter les rechutes, mais je ne me vois pas le faire à l’hôpital. Quand je suis arrivé, j’avais un nœud dans l’estomac. Trop de souffrance. »

Se réapproprier son corps

« Des obstacles » également évoqués par Pascale : « Attendre dans la même pièce avec la chimio n’est vraiment pas envisageable. Loin de tout le matériel médical, ils se sont réunis à cinq autour d’Hélène, la kinésithérapeute, pour travailler leurs articulations. » très convaincant car les professionnels sont conscients de nos soucis et font attention à nos mains douloureuses », salam Malika, diagnostiquée en 2018.

Autre activité de remplissage : les soins socio-esthétiques. Troublé par la maladie et les soins, le corps de cette femme est ici choyé. Caroline, un bonnet rouge sur la tête, est venue bénéficier d’une manucure. « Je n’aime pas me lustrer les ongles, mais maintenant je n’ai plus vraiment le choix », dit-elle en regardant ses ongles noircis par la chimiothérapie. Avec Aurélie – socio-esthéticienne atteinte de maladie – Caroline apprend aussi à prendre soin de sa peau déshydratée et à maquiller ses sourcils manquants. « Sans Maison Rose, je porterais définitivement un pyjama dans mon lit. Alors même si je suis fatiguée, je me force à jouir. C’est ma dose d’énergie. »

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