Climate Business Summit : consensus et promesses à tenir

Le sommet sur le climat et les entreprises s’est achevé ce jeudi 22 mai sur un consensus : les entreprises sont conscientes du risque climatique et sont désormais une véritable force dans la lutte contre le réchauffement climatique. Les dirigeants ont souligné l’importance de l’émergence d’un prix du carbone, mais sans véritable accord sur les détails de sa mise en œuvre. Les gouvernements ont appelé les entreprises à rendre publics leurs engagements. Tout ce qui est en arrière-plan appelle à l’équilibre des relations Nord/Sud.

« Le fatalisme climatique est de plus en plus injustifié. Le volontarisme climatique s’impose de plus en plus ». C’est par ces mots que Laurent Fabius a clôturé le sommet Entreprises et Climat organisé les 20 et 21 mai à Paris. Pour le ministre des Affaires étrangères, ce sommet, le premier du genre, représente un « momentum », un tournant. Le chef de la diplomatie française s’est montré « raisonnablement optimiste » quant à la conclusion d’un accord à l’issue de la COP21. &#xD ;

Mais pour y parvenir, il compte beaucoup sur les entreprises, les exhortant à « créer un réflexe climatique dans leurs décisions d’investissement ». Il souhaite également qu’ils affirment publiquement leur contribution à la lutte contre le changement climatique et qu’ils rejoignent les structures de coordination qui agissent contre le réchauffement climatique.

Laurent Fabius a malicieusement formulé ses attentes, rappelant à son auditoire réuni au siège de l’UNESCO que les revendications du secteur privé vis-à-vis des pouvoirs publics ont été nombreuses lors de ce sommet.

Le grand flou sur le prix du carbone

Tous les PDG présents, qu’ils soient indiens, chinois ou français, ont appelé à une tarification du carbone. Pour Jean-Pierre Clamadieu, le patron de Solvay, l’existence d’un tel prix représenterait un élément important « dans la prise de décision des entreprises » sur la transition vers une économie bas carbone. « Nous avons besoin d’un accord ambitieux à ce sujet », a déclaré Peter Bakker, président du World Business Climate Council for Sustainable Development.

Si le principe du prix du carbone fait l’unanimité, c’est beaucoup moins le cas des conditions de sa mise en œuvre. Lors de la table ronde sur la question, il y a eu de fortes divergences sur la question, notamment entre les industriels du charbon et ceux qui s’occupent des énergies renouvelables. Les détails de sa mise en œuvre, notamment à travers des systèmes d’échange de taxes ou de frais, mais aussi le montant le plus efficace et le plus juste, sont encore largement débattus.

La lutte contre le changement climatique, une opportunité pour les entreprises

Pour Pierre-André de Chalendar, PDG de Saint-Gobain, la nécessité de lutter contre le changement climatique n’est pas qu’une malédiction. C’est aussi une « opportunité de croissance ». Jean-Pascal Tricoire, patron de Schneider Electric, y voit même un facteur d’innovation.

En effet, les entreprises estiment que les objectifs scientifiques d’un pic d’émissions vers 2020 et un objectif de zéro émission nette bien avant la fin du siècle sont « réalisables et compatibles avec la poursuite de la croissance économique et du développement humain, si tous les acteurs unissent leurs forces dans ce bataille climatique urgente et à long terme ». C’est en tout cas ce que dit le communiqué officiel publié à l’issue du sommet.

À cette fin, les coalitions signataires appellent les dirigeants politiques à prendre davantage d’actions nationales et internationales pour le climat, y compris, en plus de la tarification du carbone, la fin des subventions aux combustibles fossiles, l’établissement d’alliances entre le secteur privé et les gouvernements pour intégrer la politique climatique dans l’économie, ou la création d’un fonds public dépassant les 100 milliards de dollars promis à Copenhague, destiné à accroître le financement privé et à réduire les risques d’investissement dans des actifs à faible émission de carbone, en particulier dans les pays développés.

Cette déclaration de bonnes intentions a été signée par 25 coalitions d’entreprises et d’investisseurs, représentant plus de 6 millions d’entreprises, de 130 pays (dont le Consumer Goods Forum, le United Nations Global Compact, la Chambre de Commerce Internationale, l’IIGCC – Institutional Investors Group sur le changement climatique -, Conseil économique mondial pour le développement durable (Wbcsd), We mean business, mais aussi BSR, Shift Project, Afep, Medef, CDP, etc.). Les négociations se sont poursuivies jusqu’au dernier moment pour parvenir à un consensus sur les conditions à adopter.

La deuxième déclaration, cette fois intitulée « Propositions du secteur privé pour un accord international sur le changement climatique à Paris », appelle à nouveau à un accord ambitieux ainsi qu’à un prix du carbone, à un cadre incitatif pour le développement de solutions bas carbone et à une dialogue privé (officiellement mis en place cette semaine à l’initiative du gouvernement français, appelé Business Dialogue). Mais cette initiative, portée par 59 entreprises (Areva, Bouygues, Engie, Kering, Lafarge, Michelin, Nestlé ou Kingfisher) et 7 organismes (Afep, Medef, le Cercle de l’Industrie, wbcsd…), reste essentiellement française et semble être désynchronisé par tous les partenaires du Business Summit.

Nul doute que c’est un avant-goût des négociations tout aussi intenses qui devraient avoir lieu du côté des états lors de la COP en décembre…

Équilibre nord-sud, condition sine qua non d’un accord

Autre temps fort de ce sommet, le discours des représentants des pays émergents. En particulier, si les entreprises chinoises ou indiennes sont visiblement prêtes à s’engager, des signaux forts des économies développées sont attendus. En particulier, le fait qu’à partir de 2020, le fonds vert des Nations Unies sera réapprovisionné à hauteur de 100 milliards d’euros par an.

Mahendra Singhi, le PDG indien du cimentier Dalmia, s’est dit agréablement surpris de recevoir une invitation à ce sommet business et climat : il y voit le signe que « les économies en développement sont aussi importantes que les économies développées dans la lutte contre le réchauffement climatique ». . Une phrase prononcée avec le sourire, qui traduit bien la méfiance de ces acteurs avant la COP 21. Car « nous connaissons bien les mécanismes onusiens destinés à lutter contre le réchauffement climatique. Ils n’ont pas profité à l’Afrique jusqu’à présent », a souligné Hakima El Haité, marocaine. Ministre de la protection de l’environnement {a, comme un avertissement aux pays du Nord.&#xD ;

Un sommet similaire devrait avoir lieu l’année prochaine. Bien que la localisation reste à déterminer, les acteurs économiques devront veiller à la mise en œuvre de leurs engagements.

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