En symphonie ou en vinyle : la musique de jeu vidéo est enfin reconnue comme un genre musical à part entière

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Lundi 1 août 2022 à 7h22

Après les Chorégies d’Orange en 2021, la musique du jeu vidéo s’invite ce lundi aux prestigieuses BBC Proms de Londres avec un concert symphonique de grands airs de Battlefield et de Zelda. Une première pour le festival, qui témoigne de la reconnaissance populaire à travers le monde que gagne le genre musical.

C’est l’un des grands événements de musique classique au Royaume-Uni. Chaque année depuis 1895, les BBC Proms, une série de concerts quotidiens pendant huit semaines en été, présentent un vaste programme de performances au célèbre Royal Albert Hall de Londres. Mais cette année et pour la première fois de l’histoire, cette véritable institution classique s’ouvre à un genre musical de plus en plus reconnu à travers le monde : la musique de jeux vidéo.

« J’ai eu l’impression de m’atteler à une symphonie »

Et il n’y a pas qu’ici que ces compositions qui accompagnent vos jeux favoris depuis les années 80 ont gagné leurs lettres de noblesse. En France, les Chorégies d’Orange ont fait la même chose en 2021. Aux États-Unis, une catégorie « Meilleure bande originale de jeu vidéo » figurera l’an prochain aux Grammy Awards. Et de plus en plus de ces bandes sonores sortent sur CD et vinyle. Une forme de reconnaissance par les professionnels et le public, qui existe déjà depuis 30 ans au Japon, mais qui s’étend enfin aux autres continents.

Le spectacle « La symphonie des jeux vidéo » n’est pas seulement représenté aux Chorégies d’Orange en 2021, festival phare de l’opéra et de la musique classique créé en 1869 plutôt habitué aux partitions de Rossini, Verdi et Bizet, mais il a aussi été capté et diffusé le 8 juillet sur France 5, en prime time. Une double première, pour le festival et pour France Télévisions. Un prime time et un lieu, l’ancien théâtre d’Orange, surprenant pour le moins à entendre les musiques de Street Fighter 2, Assassin’s Creed, God of War ou encore Ori et la forêt aveugle, réinterprétées par un orchestre symphonique, à l’image de le jeu en question défilant sur un écran géant.

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C’est d’abord le choc de deux mondes. Le directeur de cette soirée, Victor Jacob, se souvient : « L’Orchestre de Marseille était vraiment exceptionnel dans le sens où ils l’ont jouée comme la plus ‘sérieuse’ des symphonies ». « La musique que nous avons interprétée pour la Symphonie du jeu vidéo était surtout des découvertes », raconte le trentenaire qui n’avait que des souvenirs de jeux vidéo mythiques comme Tomb Raider, Street Fighter ou Tetris et en a donc profité, « avec grand plaisir ». plaisir, je ne vous cache pas », de se voir prêter une console de jeu pour l’occasion. « J’ai découvert des compositeurs exceptionnels. La musique du jeu Ori du compositeur Gareth Coker, je l’ai trouvée absolument magnifique. Franchement, j’avais l’impression de descendre dans une symphonie. Cela m’a fait penser à une symphonie Sibelius avec des couleurs, beaucoup d’orchestration poussée et chacune mesure une atmosphère différente, comme avec l’inspiration d’un grand compositeur. »

La France rattrape son retard

« On a ressenti un accueil exceptionnel du public », assure Victor Jacob. Mais quel public y avait-il ? « Il y avait des gens déguisés, on a vraiment vu que les gens étaient venus en famille et à 100 % pour passer un bon moment. Fans de jeux vidéo donc, mais pas forcément les habitudes des émissions classiques données aux Chorégies. » Malheureusement, je pense que la musique des jeux vidéo, même si elle peut être fascinante et magnifique, comme la musique des films dont les compositeurs donnent des concerts complets dans des salles comme la Philharmonie de Paris, rassemble toujours surtout les fans. . Un public. qui en fait a des madeleines, des choses qui lui rappellent les heures passées devant le jeu. » Attirera-t-il un public au-delà des nostalgiques ? Le professeur en doute.

Peu importe que de véritables passerelles soient formées entre le public classique et le monde du jeu vidéo, les spectateurs de ce créneau sont déjà là et de plus en plus nombreux. Romain Dasnoy est l’un des fondateurs d’Overlook Events, qui produit des spectacles mêlant musique de film ou de jeu vidéo, images et orchestre depuis le début des années 2010. Dernière production en cours de création : « Assassin’s Creed Symphonic Adventure ». un concert symphonique immersif écrit pour célébrer les 15 ans du célèbre jeu vidéo édité par le géant français Ubisoft, Assassin’s Creed, présenté au Grand Rex à Paris le 29 octobre avant d’être joué ailleurs dans le monde.

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« Il faut souligner que la musique de jeu vidéo jouée en concert n’est pas une musique de jeu vidéo, c’est juste de la musique. Ce n’est pas ce qu’on entend dans les jeux. Ça peut évidemment être très proche, mais on est dans une expérience de concert », explique Romain. Dasnoy, qui voit d’un bon œil que de plus en plus de grands orchestres et de grands festivals de musique classique s’intéressent à toutes ces musiques. En Europe, les premiers concerts du genre remontent au début des années 2000 en Allemagne, avec le « Symphonische Spielemusikkonzerte » fondé par un producteur nommé Thomas Böcker. Mais au Japon, presque depuis la création des jeux vidéo, les bandes sonores sont reconnues comme des compositions élaborées et leurs créateurs comme de véritables compositeurs. Les premiers concerts symphoniques de musique de jeux vidéo ici remontent à la fin des années 80. L’Europe, et la France en particulier, l’ont été peu à peu ces dix dernières années.

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Des vinyles comme des goodies

Le fait que les BBC Proms ou les Chorégies d’Orange les programment aujourd’hui, même s' »il y a encore des considérations purement commerciales » selon Romain Dasnoy, est tout de même une reconnaissance bienvenue et non un coup de projecteur – insignifiant : « ça permet aux artistes d’être reconnus qu’elles sont souvent méconnues, pas considérées à leur juste valeur, alors qu’un compositeur de musiques de jeux vidéo est simplement un compositeur qui a plus de place dans une salle de concert que n’importe qui d’autre. » Un début de reconnaissance était déjà perceptible plus tôt en France, lorsqu’en 2017 la Philharmonie de Paris consacrait un week-end thématique aux bandes originales de jeux vidéo avec des expositions et des concerts.

Plus largement, la musique de jeu vidéo, qu’elle soit orchestrale ou non, semble aussi trouver son public à travers l’objet : CD et vinyles. « Il y en a vraiment de plus en plus. Il y a aussi, au-delà de la musique de jeu vidéo elle-même, il y a des hommages directs à la musique des jeux vidéo qui sortent sur vinyle, c’est-à-dire des réinterprétations symphoniques, électroniques. » », explique Toma Changeur, dont les bacs de sa boutique parisienne, Balades Sonores, comptent de nombreuses références, comme Streets of Rage, Shinobi, Doom, et ce à partir de 2015. On achète ses vinyles Zelda comme on achète n’importe quel bien, figurines, peluches, etc. . .: « Il accompagne, en parallèle, la renaissance du vinyle. Les passionnés de jeux vidéo aiment les objets puisqu’ils ont des consoles, ils ont des jeux et ils sont contents de pouvoir enrichir leur collection de jeux vidéo avec de la musique. » De nombreux labels dans le monde, Black Screen, iam8bit, Data Disc sont donc spécialisés sur le segment, qui est l’un des nouveaux marchés de niche en grand développement comme celui de la musique de film.

Kid Katana Records est l’un de ces labels, lancé par les Français en mai dernier à l’occasion de la sortie d’une première bande originale de jeu vidéo qui accompagne l’un des grands succès de l’année : « Teenage Mutant Ninja Turtles : Shredder’s Revenge ». « Nous comprenons que le volume des sorties musicales de jeux vidéo a beaucoup augmenté ces dernières années. Désormais, systématiquement, lorsqu’un jeu sort, il y a le package complet, avec la bande originale qui sort au moins en numérique, également en physique et digital. », raconte l’un de ses fondateurs, Rémy Dahi. « C’est pourquoi pour nos bandes originales, on va chercher des artistes qui ne sont pas forcément issus du jeu vidéo. On va chercher Mike Patton [chanteur américain de Faith No More – NDLR], Raekwon et Ghostface Killah de Wu. – Tang Clan, qu’on n’a pas besoin d’écouter sur les jeux vidéo à la base. Pour nous, la bande originale doit être un album en tant que tel, et qu’on peut apprécier même si on n’a pas joué au jeu. »

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« Le grand public et l’industrie prennent de plus en plus au sérieux ce genre musical », analyse-t-il. La cérémonie des Grammy Awards, étape majeure dans l’industrie de la musique aux États-Unis, aura également l’an prochain une catégorie « Meilleure bande originale de jeu vidéo » : « C’est une reconnaissance de l’importance de ce genre que, pour dire, il n’a rien à voir avec la musique de film ou la musique « traditionnelle ».

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