Le lucratif business des passeurs de migrants

« Le Lion d’or » : un surnom énigmatique pour un homme qui opère illégalement. Derrière ce pseudonyme se cache un Albanais, professionnel du trafic de migrants entre la France et le Royaume-Uni. Après une enquête menée dans le nord de la France, les journalistes du Daily Mail découvrent que son affaire de crapule menée en plein jour dans les rues de Dunkerque lui rapporterait plus d’un million d’euros par semaine. Ce montant exorbitant n’est en réalité qu’une goutte d’eau dans l’océan des milliards d’euros produits chaque année par les branches des passeurs de migrants.

Jusqu’à 10 000 euros pour traverser la Manche

Dans son rapport spécial 2021, Europol note que le trafic de migrants « est l’une des activités les plus rentables pour les groupes criminels organisés ». C’est même la deuxième source d’enrichissement illégal après le trafic de drogue. Achats de petites embarcations – bateaux pneumatiques utilisés par les migrants pour traverser les mers – en Chine, exploitation d’une main-d’œuvre bon marché, multiplication des services proposés, prix abusifs… Alors que 90% des migrants en situation irrégulière n’ont d’autre choix que de s’exiler, les passeurs de migrants savent comment profiter d’une industrie en pleine expansion depuis 2015. Pour traverser la Manche à bord d’un bateau de fortune, les migrants devront débourser une petite fortune. Si « le Lion d’Or » ne demande « que » 4.500 euros par personne, d’autres n’hésitent pas à réclamer jusqu’à 10.000 euros par migrant. En Méditerranée, les services d’Europol sont soumis à des tarifs similaires. Dans cette région du monde, à raison de 2 500 euros par migrant, les trafiquants empochent environ 200 millions d’euros par an, rien que pour la traversée. Ensuite, il faut ajouter le prix des faux papiers, de l’hébergement ou du transport. Face à ces coûts excessifs, certains migrants n’ont d’autre choix que de travailler pour leurs passeurs avant de pouvoir embarquer. Au total, selon les Nations unies, le trafic de migrants générerait donc plus de 7 milliards de dollars.

Mais le commerce de contrebande ne s’arrête souvent pas là. Selon la Commission européenne, « environ 50% des réseaux impliqués dans le trafic de migrants sont polycriminels, agissant également dans la traite des êtres humains, le trafic de drogue, le trafic d’armes ou le blanchiment d’argent ». Alors que certains, petits bras dans le trafic de migrants, gagnent des revenus modestes, d’autres membres de grandes mafias génèrent des profits importants.

Pourtant, cette entreprise prospère, menée dans la misère de personnes qui aspirent à une vie meilleure, ne semble pas près de s’arrêter. Par exemple, selon les autorités britanniques, le nombre de traversées de la Manche ne cesse d’augmenter. En 2018, 300 migrants ont débarqué sur les côtes anglaises. Trois ans plus tard, ils étaient 28 500. Pour ce premier semestre 2022, 15 000 traversées ont déjà été tentées en petites embarcations. Plus généralement, de janvier à juin 2022, les entrées irrégulières ont augmenté de 82 %, selon Frontex. Par ailleurs, loin de décourager les candidats à l’émigration, les filières migratoires clandestines créent une bouffée d’air frais. En effet, les passeurs promettent un avenir meilleur et offrent la possibilité de franchir clandestinement les frontières. De nombreux migrants préféreraient certainement rester chez eux s’ils connaissaient à l’avance les conditions de leur exploitation par ces passeurs.

Malgré les opérations de démantèlement menées par les services de police à travers l’Europe, le marché de la contrebande est loin d’être mort. Dans ce domaine hautement concurrentiel, lorsqu’un réseau est démantelé, un autre prend immédiatement le relais. Si les autorités ne mesurent pas le problème, les passeurs n’ont pas à s’inquiéter de l’avenir.

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