Le Nigeria menace la BBC de sanctions pour des reportages sur des gangs armés

AFP, publié le jeudi 28 juillet 2022 à 22h30

Le gouvernement nigérian a menacé jeudi la BBC britannique et un groupe de médias local de sanctions pour « apologie du terrorisme » après des informations faisant état de groupes armés dans le nord-ouest du pays.

Le nord-ouest et le centre du pays le plus peuplé du continent africain sont la proie de la violence de groupes d’hommes armés qui attaquent les villages pour les piller et kidnappent les habitants pour exiger une rançon.

Le reportage « The Bandit warlords of Zamfara » diffusé sur l’émission de télévision de la BBC « Africa Eye » donne la parole aux membres de ces bandes mais aussi aux victimes pour documenter les violences dans l’état de Zamfara

Trust TV, qui fait partie du groupe de médias local Daily Trust, a également diffusé une interview d’un chef de gang connu dans un documentaire sur la violence.

Le ministre de l’Information, Mohammed Lai, a déclaré aux journalistes que la commission nationale de la radiodiffusion enquêtait pour savoir si les deux médias avaient enfreint les réglementations en matière de radiodiffusion.

« Je peux vous assurer qu’il y aura des conséquences », a ajouté le ministre. « Ils ne proposeront pas cette glorification du terrorisme et du banditisme au Nigeria », a-t-il déclaré.

Dans un communiqué jeudi soir, la BBC a défendu le travail de ses journalistes et a déclaré qu’elle s’en tenait au rapport.

« BBC Africa Eye traite souvent de sujets controversés et complexes », a-t-elle déclaré. « Ce reportage est largement dans l’intérêt public et la BBC est fidèle à son journalisme », a-t-elle ajouté.

Le Nigeria considère les gangs criminels comme des groupes terroristes, en partie pour donner plus de flexibilité aux militaires dans leur combat.

Des milliers de personnes ont été tuées et des centaines de milliers d’autres déplacées par la violence dans le nord-ouest et le centre du Nigeria ces dernières années.

L’année dernière, le gouvernement nigérian a fermé Twitter pendant sept mois après que la plateforme a supprimé un tweet du président Muhammadu Buhari et que des responsables l’ont critiquée pour avoir autorisé les publications de séparatistes dans le sud-est du pays.

Abuja a levé la suspension après des discussions avec Twitter.

La suspension a déclenché un tollé international sur la liberté d’expression, choquant de nombreuses personnes au Nigeria, où Twitter joue un rôle clé dans le discours politique, notamment le hashtag #BringBackOurGirls suite à l’enlèvement de plus de 300 adolescentes à l’école en 2014 par les islamistes de Boko Haram.

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