Naruto, 20 ans de manga déjà culte

Véritable phénomène éditorial, Naruto traverse le début du XXIe siècle à toute vitesse. Le public japonais a découvert ce personnage intrépide en 1999 dans les pages du célèbre magazine hebdomadaire Weekly Shonen Jump, rampe de lancement des monuments Dragon Ball, Nicky Larson et One Piece. Son créateur, le mangaka Masashi Kishimoto n’a que 25 ans lorsqu’il publie les premières pages de Naruto dans le magazine. Élevé sur Dragon Ball, Masashi Kishimoto a créé un mythe contemporain en l’espace de 72 tomes. La saga, qui s’est terminée en 2014 au Japon, a permis aux lecteurs de grandir avec les personnages. Bien qu’il soit classé dans la catégorie Shonen, une catégorie de manga destinée aux jeunes adolescents de sexe masculin, Naruto a pu toucher un public plus large, se classant désormais parmi les quatre mangas les plus vendus au monde. Ce succès, particulièrement important en France, s’explique notamment par ses déclinaisons sur différents supports médiatiques (séries animées, jeux vidéo, etc.) – modèle dit « Media Mix ».

Combats spectaculaires, éloge du travail, exaltation de l’amitié et humour potache, tels sont les ingrédients de la recette de Naruto, dont l’architecture est celle d’une histoire d’apprentissage. Le manga se concentre sur ce personnage moqueur et mauvais élève dont le rêve est de devenir Hokage, à savoir le chef de son village de Konoha. Orphelin, Naruto compense le mépris que lui adressent les habitants de son village par de multiples frasques. Il apprend rapidement que cette haine que lui portent les habitants du village est liée au contexte de sa naissance : le puissant Démon-Renard à neuf queues qui a attaqué le village était scellé en lui douze ans auparavant. Obstiné, Naruto commence l’entraînement Ninja avec ses compagnons Sakura et Sasuke. Apprenant de leur sensei Kakashi Hatake, ils deviennent de puissants Ninjas, découvrant la force de la résilience et de l’entraide. Aux ordres du Hokage, ces enfants soldats sont régulièrement appelés pour de périlleuses missions militaires.

Mélanie Chalandon reçoit Pauline Croquet, journaliste au Monde, spécialiste des cultures numériques et du manga, Wandrille Leroy, auteur et professeur de bande dessinée à l’Académie Delcourt, co-fondatrice des éditions Warum et Vraoum et Bounthavy Suvilay, chercheur, spécialiste des cultures manga et jeux vidéos.

Le regard singulier de…

« Naruto a des caractéristiques assez contemporaines que l’on rencontre fréquemment chez les enfants en consultation, à savoir la situation initiale d’échec scolaire. C’est un enfant qui est non seulement ostracisé de la société, mais qui lutte également pour être au même niveau que les autres sur le plan scolaire. De plus, il est hyperactif et commet une série de bêtises, mettant un point d’honneur à repérer la faille chez l’adulte afin de l’atteindre, voire de prendre son ascendant sur lui. Le démon renard qui est dans Naruto est la part de l’animalité, la part du mal en chacun. Cette part, si elle est bien utilisée, peut devenir une grande chance. Mais c’est aussi la trace du traumatisme, sur lequel Naruto s’est construit. Toute sa vie, il doit lutter contre ce moment et faire quelque chose à ce sujet. »

Mélanie Georgelin a contribué au numéro « Super-Héros en Thérapie » d’Enfance & Psycho (2021). Pour en savoir plus sur le travail de Mélanie Georgelin, voir Enfants violents : clinique extrême en ITEP et narrativité, aux éditions Eres (2021) et son roman Soleil jusqu’au bout, aux éditions Sarbacane

Références

Laisser un commentaire