Pas de campagne ni d’agriculteurs : bienvenue dans une ferme high-tech

Robots et ordinateurs font tout le boulot, sauf la cueillette : les laitues poussent dans des fûts d’acier dans cette ferme expérimentale gardoise. La digitalisation, une révolution ? Un pas de plus dans l’industrialisation de l’agriculture.

[3/4 L’agriculture numérique ou la fin des agriculteurs] — Le gouvernement l’assure : la digitalisation de l’agriculture est l’avenir. Des robots et des applications le rendraient plus économe en eau, économe en pesticides et plus résistant au changement climatique… Vraiment ? Reporterre démonte ce mythe dans une enquête en quatre parties.

Futura Gaïa. Un nom éloquent pour cette entreprise horticole expérimentale qui promet un avenir en harmonie avec la nature. Utopia prend ici la forme d’un grand hangar dans la zone commerciale de Tarascon, dans le Gard. Chaussons et charlottes sont obligatoires pour entrer car, comme nous l’explique le Président et Directeur Pascal Thomas, l’environnement doit rester stérile. Il faut éviter toute contamination des cultures car les pesticides et autres produits phytosanitaires y sont interdits. Un monde sans chimie est donc un monde sans parasites. Comme ses consœurs néerlandaises, cette ferme verticale vise à répondre aux nouveaux besoins agricoles : supprimer les pesticides, minimiser l’eau et les engrais, et s’affranchir de conditions climatiques de plus en plus précaires. « Un kilo de laitue ne consomme ici que dix litres d’eau, contre 150 litres dans le sol », explique Pascal Thomas.

Sur de grandes étagères dans le hangar aveugle, cinquante fûts géants de 850 kilos chacun contenant des centaines de salades ou de plantes aromatiques. La ferme produit en moyenne 150 kilos de verdure par semaine. Cultiver sans soleil ? Dans le Gard, on est surpris par la pertinence de toutes ces rampes fluo. D’autant que la consommation d’énergie ne s’arrête pas là dans un environnement artificiel où tout est contrôlé par des capteurs et des ordinateurs : température (22°C pour les salades, 26°C pour les plantes aromatiques), humidité, taux de CO2 et souffleries pour reproduire le vent.

Mais contrairement à l’eau et aux sols fertiles, l’électricité n’est pas un facteur limitant, explique le dirigeant, « grâce aux énergies renouvelables et à la surproduction des centrales nucléaires la nuit ».

Modèle clé en main pour 8,5 millions d’euros

Par rapport aux autres fermes verticales, le made in France défend sa différence : des tambours rotatifs pour soumettre les plantes à la gravité et ainsi les renforcer, une recette de nutriments différente chaque semaine pour optimiser la croissance. « Notre objectif est de donner à l’usine le meilleur jour chaque jour », explique Pascal Thomas. A Rungis, il accueille un premier client qui achète des plantes aromatiques en toutes saisons. « L’entreprise n’existe que depuis février dernier et nous avons pour projet d’implanter un site de production au MIN [marché d’importance nationale] à Rungis. Le modèle clé en main est disponible pour 8,5 millions d’euros. Ajoutez également un abonnement annuel au service de surveillance par l’équipe d’agronomes qui contrôlent la production à distance en temps réel.Sur place, des robots et des ordinateurs font tout le travail, sauf la cueillette.Plus de campagne ni d’agriculteurs, la ferme expérimentale high-tech ne fait pas dans la demi-mesure.

Le modèle est radical et tous les tenants de l’agriculture numérique ne le défendent pas. Mais aussi en dehors des granges, sur les terres, l’utilisation d’outils de plus en plus technologiques s’accompagne d’une simplification des écosystèmes agricoles et de la disparition des agriculteurs. Un robot est plus performant dans un grand espace standardisé et malgré des remembrements successifs, les exploitations agricoles françaises sont encore inadaptées à son utilisation. La robotisation favorise ainsi les entreprises qui disposent de capitaux suffisants pour aplanir les paysages et les plantations de leurs exploitations, notent certaines critiques, citant Corentin Leroux, fondateur du site Aspexit, dans son dossier sur les enjeux du numérique en agriculture. Il est particulièrement adapté aux cultures industrielles, qui produisent des données plus faciles à collecter. Une monoculture d’une variété de blé homogène est plus facile à mesurer qu’un système agroforestier qui associe légumineuses, céréales et arbres fruitiers ! « Les technologies numériques développées peinent à appréhender toute la complexité et la diversité des écosystèmes agricoles. Les utiliser pour soutenir toutes les formes d’agriculture reste un défi », explique Corentin Leroux.

« L’agriculture numérique n’est vraiment pas une révolution »

Après avoir recherché les sources sur la digitalisation de l’agriculture, le cabinet de conseil Basic conclut dans son rapport que la logique dominante reste la maximisation des rendements et une industrialisation toujours plus poussée de l’agriculture. Première raison : les grands acteurs historiques du monde agricole qui développent certains de ces outils n’ont aucun intérêt à changer le modèle dominant. « Ce que je vois, c’est que les grands partisans de l’agriculture de précision sont ceux qui veulent continuer à vendre des pesticides », plaisante l’agronome Marc Dufumier. L’agriculture de précision, lorsqu’elle propose de réduire l’usage des pesticides, ne vise en fait pas à les éliminer. Deuxième raison : bon nombre de ces technologies sont conçues par des ingénieurs de l’industrie de l’ingénierie. Ils ne connaissent pas les pratiques agricoles et reproduisent le modèle actuel.

Tout change pour que rien ne change ? On retrouve cette critique chez les scientifiques anglo-saxons. Par exemple, le chercheur américain Christopher Miles souligne dans la revue Big Data and Society que l’agriculture numérique redore l’image d’une production industrielle largement responsable des problèmes sociaux et environnementaux qu’elle est censée résoudre. Dans un autre article intitulé « New, But For Whom? » publié dans Agriculture and Human Values, des chercheurs canadiens soulignent que l’économie de l’agriculture de précision sert davantage les intérêts du secteur technologique que ceux des agriculteurs et des fermes.

« L’agriculture numérique n’est vraiment pas une révolution », répond Marc Dufumier aux déclarations de Julien Denormandie, qui y voit une « troisième révolution agricole ». Pour le chantre de l’agroécologie, l’agriculture numérique va à l’encontre des transformations agricoles nécessaires pour assurer la souveraineté alimentaire : « L’utilisation intensive de l’énergie solaire par les plantes qui produisent de l’humus, les sols qui stockent le carbone et fixent l’azote de l’air, les arbres qui poussent en creusant profondément les minéraux enfouis pour les rendre disponibles pour les cultures… La révolution est là L’agronome insiste : les haies infestées d’insectes sont plus efficaces qu’un drone qui largue des microguêpes sur les nuisibles pour les tuer.

L’agriculteur passe de plus en plus de temps derrière un écran

L’agriculture numérique modifie également le rôle des agriculteurs : désormais l’analyse est confiée à des outils numériques. Moins de perception et d’intuition, donc, car les diagnostics, basés sur des données collectées dans les exploitations, sont réalisés à l’aide de logiciels, explique l’agence de conception Basis. Soit une transformation radicale du modèle décisionnel. Cette diminution du besoin d’observation est aussi l’un des moteurs de l’expansion des exploitations : comme l’agriculteur est de plus en plus derrière un écran, la taille des exploitations peut augmenter. La logique d’expansion est aussi perpétuée par de lourds investissements qui conduisent à produire plus pour les amortir. Une surenchère capitaliste qui rend aussi plus difficile la reprise des exploitations par les jeunes, qui n’ont pas les moyens de faire de tels investissements.

Cette logique industrielle continue de réduire le nombre d’agriculteurs. C’est d’ailleurs la solution défendue par les promoteurs de l’agriculture de pointe : continuer à produire plus sans se soucier du départ à la retraite de près de la moitié des agriculteurs d’ici dix ans.

« Notre projet est de vendre nos unités au monde agricole avec un modèle plus industriel où l’agriculteur est un exploitant-actionnaire qui a des parts dans la ferme avec d’autres financiers », se défend Pascal Thomas de Futura Gaïa. Sauf que l’on voit mal pourquoi l’actionnaire d’une ferme gérée par des ordinateurs et une équipe d’ingénieurs s’appellerait un agriculteur.

Cette recherche se compose de quatre parties. Demain nous rencontrerons les partisans du low-tech – technologies sobres et durables – et du logiciel libre.

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Quel est le salaire d’un céréalier ?

Un céréalier en France gagne entre 878 € brut et 9 122 € brut par mois, soit un salaire moyen de 3 317 € brut par mois.

Les agriculteurs sont-ils riches ? Avec plus d’un million d’euros de patrimoine brut moyen (privé et professionnel), les agriculteurs sont les actifs les mieux dotés, selon une enquête Insee 2015 publiée lundi. La moitié dispose de plus de 600 000 €, soit plus de trois fois le ménage français moyen. Mais avec la retraite, la tendance s’inverse.

Comment devenir céréalier ?

Quelles sont les formations pour devenir céréaliculteur ?

  • Durabilité des systèmes de culture : décrire, suivre et évaluer un système de culture avec Systerre. †
  • Préparation du brevet professionnel de chef d’exploitation agricole – Orientation grandes cultures. †
  • Reconnaissance des maladies sur céréales à paille.

Quel est le salaire d’un agriculteur ?

Les salaires des agriculteurs sont exprimés en revenu annuel moyen par agriculteur. Un agriculteur gagne en moyenne 30 360 euros par an, soit 2 530 euros par mois, un montant incluant les subventions et aides. Ils peuvent gagner un salaire supplémentaire.

Comment sont rémunérés les agriculteurs ?

Cette année-là, la RCAI s’élevait en moyenne à 27 435 euros par an, soit 2 286 euros par mois, selon les chiffres du ministère de l’Agriculture. L’amélioration est surtout visible lorsque l’on compare les chiffres avec ceux de 2016, année où la RCAI s’élevait à 18 293 euros par an.

Quels sont les importances de l’agriculture dans une économie ?

L’économie agricole (ou agricole) est une branche de l’économie dont le but est l’étude du secteur agricole ainsi que ses relations avec le reste du système économique. Par conséquent, il est responsable de l’étude de la partie du secteur primaire qui comprend l’agriculture (agriculture) et l’élevage (élevage).

Quel est le rôle de l’agriculture dans l’économie haïtienne ? Le secteur agricole joue un rôle important dans l’économie globale du pays. Selon les chiffres de la Banque de la République d’Haïti (BRH), le secteur « agriculture, forêt et pêche » représente 20,35% du produit intérieur brut (PIB) en 2016.

Quel est l’importance de l’agriculture dans l’économie ?

L’agriculture est la principale source de revenus pour 80 % des pauvres dans le monde. Ce secteur joue donc un rôle clé dans la réduction de la pauvreté, l’augmentation des revenus et l’amélioration de la sécurité alimentaire.

Quelle est l’importance de l’agriculture dans l’économie ivoirienne ?

LE SECTEUR PRIMAIRE L’agriculture emploie plus de 50% de la population active et crée ainsi des emplois. Elle favorise l’émergence d’une bourgeoisie rurale et demeure un facteur de brassage ethnique et culturel, source de cohésion sociale.

Quels sont les types d’agriculture en Côte d’Ivoire ?

Il existe deux types d’agriculture en Côte d’Ivoire : l’agriculture de subsistance et l’agriculture d’exportation.

  • a) Agriculture de subsistance. †
  • Les principales cultures vivrières. †
  • b) Agriculture d’exportation.

Quelles sont les solutions de l’agriculture ivoirienne ? Créer de nouveaux emplois dans le secteur agricole et dans l’industrie agro-alimentaire; L’adoption de la loi ivoirienne d’orientation agricole (LOACI), jetant les bases d’une réorganisation et d’une restructuration des activités et des filières agricoles.

Quels sont les atouts de l’agriculture ivoirienne ?

La Côte d’Ivoire est le 1er producteur mondial de cacao et de noix de cajou, le 5ème producteur mondial d’huile de palme (2ème producteur africain), le 7ème producteur mondial de caoutchouc naturel (1er producteur africain), le 4ème producteur africain de coton, la Côte d’Ivoire partage , avec le Cameroun, la première place de …

Qu’est-ce que l’agriculture en Côte d’Ivoire ?

L’agriculture en Côte d’Ivoire comprend des cultures industrielles et d’exportation ainsi que des cultures vivrières. La Côte d’Ivoire est un pays qui a fondé son économie sur l’agriculture très tôt depuis son indépendance.

Qui sont les agriculteurs les plus riches ?

Liu Yongxing, le mieux classé sur la liste, est le frère de Liu Yonghao. Il se classe premier parmi les agriculteurs les plus riches du monde avec une valeur nette de 6,6 milliards de dollars.

Quel est le revenu d’un agriculteur ? Elles génèrent un revenu disponible moyen de 55 000 â par an, dont 23 500 â de revenus agricoles. Viticulture et autres cultures de plein champ, les spécialités les plus rémunératrices (en euros) – Lecture : 32 % des ménages agricoles de la région se spécialisent dans les autres cultures de plein champ.

Qui sont les 10% les plus riches monde ?

Les dix hommes les plus riches étaient Elon Musk, Jeff Bezos, Bernard Arnault et sa famille, Bill Gates, Larry Ellison, Larry Page, Sergey Brin, Mark Zuckerberg, Steve Ballmer et Warren Buffett. Tous les montants sont exprimés en dollars américains.

Quel est le nombre d’agriculteurs en France ?

759 000. D’ici 2020, 759 000 personnes auront un emploi permanent à la ferme, soit l’équivalent de 583 000 emplois permanents à temps plein. Ce chiffre a baissé de 12% en dix ans.

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