VIDÉO. En Mayenne, une maison à l’image de l’artiste Robert Tatin

Lieu unique, la maison de l’artiste mayennais Robert Tatin a toujours intrigué et fasciné depuis sa création en 1962. Pour notre série estivale sur les maisons d’artistes, Ouest-France s’est rendu au Robert Tatin, à Cossé-le-Vivien, en Mayenne . .

« Robert Tatin s’installe à Cossé-le-Vivien parce qu’il a le goût de cette Mayenne, qu’il a quittée il y a quelques années, il a ses amis, sa famille », évoque Bruno Godivier lorsqu’on lui demande pourquoi. Tatin y établit son musée. appelé La Frénouse. Avant d’ajouter : « Je crois que Tatin avait aussi un amour particulier pour ce lieu, qui est entre la Bretagne, la Normandie, l’Anjou, et il y voyait surtout une opportunité de réaliser ce travail, qui est l’aboutissement de toutes ses expériences.

Après une vie professionnelle et artistique aux quatre coins du pays et du monde, Robert Tatin s’installe en Mayenne en 1962. C’est le début de la construction de l’œuvre de sa vie, sa « Maison des Champs ». Avec Lise Tatin, sa troisième épouse, il imagine une maison qui sera aussi une œuvre monumentale, ancrée dans la nature et l’environnement qui l’entoure.

Un artiste multi-casquettes

Voyageur, militaire, architecte, potier… Robert Tatin a porté plusieurs casquettes. Né en 1902 à Laval, en Mayenne, Robert Tatin est issu d’un milieu modeste. Il étudie d’abord le bâtiment, et s’installe à Paris comme peintre-décorateur. Dans les années 1920, il entre aux Beaux-Arts de Paris et intègre l’atelier de fresques de l’Ecole des Arts Appliqués. Quelques années plus tard, il revient à Laval et devient menuisier. Dans les années 1930, il crée sa propre entreprise de construction.

La prospérité de son activité lui permet de parcourir le monde : Europe, Afrique du Nord, Amérique du Nord… L’année 1938 est riche en voyages pour l’artiste. En 1939, au début de la Seconde Guerre mondiale, il est mobilisé au 15e régiment d’infanterie, sur la ligne Maginot. Il reste au front pendant un an, avant de reprendre son travail de charpentier à Laval en 1940.

Les voyages comme source d’inspiration

Mais c’est surtout l’après-guerre qui marque un tournant dans l’activité et la vie de Robert Tatin. Depuis 1945, il se consacre pleinement à son activité artistique. Il crée un atelier de céramique à Paris, et participe plus tard à la reconstruction du « Paris culturel ». Il côtoie alors Prévert, Cocteau, Giacometti, Dubuffet et Breton.

De plus en plus reconnu, il décide au début des années 1950 de partir en Amérique du Sud. Il expose à São Paulo au Brésil, puis traverse l’Argentine, l’Uruguay ou encore le Paraguay et le Chili. C’est en rencontrant les Indiens que Robert Tatin s’affranchit des dogmes artistiques et puise son inspiration. Il rentre en France en 1955. Il vit à Vence, puis Laval et Paris, avant de revenir définitivement en Mayenne en 1962.

Il mettra à profit ses voyages et ses rencontres à son retour en France, lorsqu’il s’installera dans sa maison de Cossé-le-Vivien.

Le but de Robert Tatin ? Créer un langage universel à travers son art, une œuvre qui serait le carrefour de toutes les civilisations. « Pont entre l’Orient et l’Occident ». On retrouve cette idée très clairement quand on regarde ses sculptures et les détails de son travail : corps et visages sont dessinés, entrelacés à travers la pierre, avec des motifs d’inspiration tribale.

Une œuvre monumentale

Le directeur du musée Tatin, Bruno Godivier, précise que « Robert Tatin a conçu sa maison et tout le musée comme une seule œuvre : il ne s’agit pas de différentes sculptures les unes à côté des autres ». Bien que l’on puisse clairement identifier les différents espaces qui composent la « maison des champs » de Tatin. L’Allée des Géants « invite le visiteur à entrer dans le musée », comme l’explique Bruno Godivier, c’est la première chose qu’il voit en arrivant. Cette allée se compose de 91 statues géantes. Chaque statue représente un personnage historique.

Il y a deux « parties » dans ce couloir : la première partie est constituée de personnages faisant référence à l’Histoire de France, comme Jeanne d’Arc ou Vercingétorix. La deuxième partie est « un hommage au monde de l’art des XIXe et XXe siècles », comme l’explique le directeur du musée. On peut retrouver Toulouse Lautrec, Auguste Rodin ou encore Alfred Jarry. Ces immenses statues de pierre peintes en blanc, noir, jaune et parfois rouge, invitent le spectateur à s’immerger dans l’univers de l’artiste.

Plus bas, le spectateur se retrouve alors nez à nez avec la Porte des Géants. Cette enceinte en pierre, peinte en brun, blanc et noir, représente les cinq grands peintres privilégiés de Tatin : Rembrandt, Van Gogh, Léonard de Vinci, Goya et Delacroix. Ils ont tous une barbe, et le même visage, car « ils incarnent tous la figure charismatique de l’artiste », précise le directeur du musée. Quelques pas plus loin : le Dragon. Cette sculpture monumentale représente « l’entrée symbolique du musée, le dragon est pour Robert Tatin, le gardien du savoir ».

Point d’orgue du parcours : le Jardin des Méditations. C’est un jardin disposé Est/Ouest, composé de deux portes, la « Porte du Soleil » et la « Porte de la Lune ». Au nord : une statue de 6,50 m de haut, « Notre-Dame-Tout-Le-Monde » évoque le lien entre le ciel et la terre. Tatin s’est beaucoup inspiré du temps et de la nature pour imaginer l’architecture de cet espace. Au centre, un bassin bordé de douze statues représentant les mois de l’année. Des salles d’exposition sont également présentes dans l’enceinte du jardin. Chacun d’eux a un thème et montre les techniques de l’artiste : sculpture, céramique, lithographie, peinture…

Robert Tatin est décédé en 1982, à l’âge de 80 ans. Conformément à son souhait, il repose dans le jardin de sa maison. Aujourd’hui son œuvre est toujours vivante, et conservée, au Musée Robert Tatin, sous la direction de Bruno Godivier, à la tête de l’institution depuis plus de vingt ans.

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