Vu de l’étranger. Jeux vidéo : l’académie française veut mettre les joueurs au clair

En France, on utilise des mots très français pour dire (par exemple) qu’on utilise « une souris sur un ordinateur qui contient beaucoup de logiciels ». Dans d’autres pays non anglophones, cependant, les termes anglais correspondants sont utilisés sans traduction : « mouse », « computer », « software ». Mais le domaine des jeux vidéo reste à part en France, avec ses « e-sports », « streamers » et autres « free to play » qui rythment les conversations des pratiquants.

Pour y remédier, une commission pour l’enrichissement de la langue française, à laquelle participe le ministère de la Culture, a publié, le 29 mai, une liste de termes que les pouvoirs publics devront désormais utiliser pour éviter tout anglicisme, rapporte Radio Canada. « Cette directive, publiée au Journal officiel en France, s’inscrit dans le cadre d’un effort de l’Académie française pour freiner la dégradation de la langue de Molière dans plusieurs domaines. » Les Immortels (qui ne comptent aucun linguiste parmi eux) sont en effet concernés : ils ont validé toutes les propositions de la liste.

Une “bataille séculaire”

Le mouvement n’est pas passé inaperçu par The Verge, qui l’appelle ironiquement « la dernière escarmouche dans la bataille séculaire de l’Académie pour préserver la pureté de la langue française, en particulier des toxines anglaises ». Et pour ne citer que quelques exemples parmi les plus marquants, comme le terme « e-sport » remplacé par « jeu vidéo compétitif », ou le streaming depuis « live player-host ». Comme de nombreux médias étrangers, le site tech américain se fait l’écho d’un message de l’Agence France-Presse (AFP), qui a interrogé le ministère sur les raisons de cette liste. L’utilisation des termes anglais constitue, aux yeux des autorités, « une barrière à la diffusion et à la compréhension [de cet univers] par les non-praticiens ».

Ils se veulent aussi rassurants, rappelant que l’obligation ne concerne que les agents du service public et les témoins officiels. Ils affirment également que « les experts essaient de voir s’il existe déjà un terme français en circulation sur des sites de jeux vidéo ou des magazines spécialisés [pour] choisir une traduction qui a déjà commencé à être utilisée ».

Peu de chance d’avoir des effets

Cependant, de nombreux commentateurs sont sceptiques. Der Spiegel en fait partie : « Les alternatives présentées par la Commission ont peu de chances d’être imposées, ni avec les institutions, ni à plus grande échelle », plaide le magazine allemand.

Les médias étrangers, amusés par cette obsession française, ne commentent pas la qualité des traductions proposées. Si certains semblent raisonnables (« pro player » pour « pro-player », « free-to-play video game » pour « free-to-play »), d’autres frôlent l’absurde. En traduisant, par exemple, « streamer » par « live player-host », on perd de vue que le terme originel désigne un mode de diffusion – le « stream » de « stream » – plutôt qu’un contenu. Un streamer peut se filmer en train de peindre, de chanter et pas forcément de jouer.

Idem avec « jeu vidéo de compétition » : outre le fait qu’elle évacue la comparaison avec le sport traditionnel (qui fait office d’argument légitimant pour ce secteur), cette expression bouleverse la logique de son usage. Tout jeu, en effet, peut potentiellement faire l’objet d’une pratique compétitive officielle ou informelle. « E-sport » désigne donc plutôt la « compétition de jeux vidéo ».

Puisque la traduction est toujours une question de choix, Radio-Canada rappelle que les Québécois francophones préféraient toute autre option « instaviideaste » pour le streaming. En ce qui concerne le délicat « e-sport », l’Office de la langue française du Québec (OQLF) propose, depuis 2012, le « sport électronique ».

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